Juste-justesse

Aimer c'est donner et recevoir juste.
Je peux aussi donner juste à quelqu'un et recevoir juste de quelqu'un d'autre.
Si je suis assurée de la justesse je n'ai besoin de rien ou de peu.

Si j'ai besoin de... c'est que je me sens privée de...

Remarque

« [...] Si nous nous inspirons volontiers de la formule de cet auteur, ce n'est pas pour récupérer l'(son N.d.r) autorité [...]. C'est simplement parce qu'il sait – et les autres auteurs qu'également nous citons – exprimer mieux que nous-même, avec la précision et l'élégance qui nous font défaut, ce qui nous travaille au tréfonds. Ces auteurs apportent un peu de clarté et de simplicité dans un monde qui nous semble parfois abscons et confus. Parce que ces auteurs nous enseignent sur nous-même, nous permettent de nous apprendre, nous les choisissons ponctuellement comme "maîtres" juste le temps de la citation. »
Jean-Pierre Lepri dans 'Éducation' authentique. Pourquoi ?, Myriadis p. 23

Du juste

Ce qui est difficile, c'est se mettre en colère
face à la bonne personne, dans la bonne mesure,
au bon moment, pour un bon motif et de la bonne façon
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La notion79 de « juste », pour fluctuante qu'elle soit, ne manque pas pour autant, de rigueur et de pertinence. Le « bien » est une valeur préétablie, valable en toutes circonstances, extérieure à moi-même. Il me suffit de m’y référé pour évaluer si l’acte ou la pensée – le mien, le leur – est « bien » ou « mal ». Le « juste » – comme le « bon » – est reconnu tel dans une situation unique : il ne peut être que circonstancié et circonstanciel. Trois critères le définissent : la nature, la quantité et le moment.


Il apparaît un quatrième critère : tout ça suppose que la vie ait une valeur.

Depuis ma naissance, je ne connais que la vie dans une société hétéronome. C'est pourquoi je ne sais pas si il est impossible de vivre la justesse à chaque instant. Je crois qu’une certaine dose – sans savoir à l’avance laquelle serait la bonne pour moi – serait suffisante pour que j’éprouve la sensation de bien vivre avec constance. Je crois que cette dose est aussi fonction des points concernés. Il y a certaines choses pour lesquelles l’in-justesse est plus délétère pour ma vie que d’autres même à petite dose.

La justesse nécessite entre autre l'autonomie en interdépendance juste et suppose de savoir pourquoi je fais tel acte. Il s'agit de vivre dans une structure relationnelle au sein de laquelle je suis autonome dans une société elle-même autonome par et pour laquelle je vis.

Même si ce qui était juste une fois, ne l'est plus quelques minutes après, ou dans la même quantité bien que de même nature, la similitude de plusieurs situations et des modalités de leur justesse peut donner l'illusion d'une loi statique, établie, irrévocable, valable à chaque instant, dans toutes situations et pour tout le monde. Il m’apparaît qu'il s'agit plus d'une tendance, de phénomènes qui se présentent souvent. Le mouvement reste malgré tout une des caractéristiques de ces  phénomènes. Cette illusion amène, dans un premier temps, à croire en la notion de bien pour tous et/ou pour une catégorie d'individus de notre société (aux enfants, aux ados, aux femmes, aux « vieux », aux dépressifs...) ; et dans un second temps et à partir de ce présupposé,  de vouloir amener les autres à ce bien là, à chercher à les faire adhérer à cette loi, à s'exécuter au nom de cette loi pour leur bien et ce par le biais de la manipulation voire de la coercition.  Nous sommes dans ce cas en présence d'une tentative d'éducation, structure relationnelle de domination (dominance).